Guillaume Tendron

Vénérables

Un proverbe africain formulé par Amadou Hampâté Bâ dans son discours à l’ UNESCO  disait:  » Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». 

La-bas, les anciens sont chéris.  Quand on appelle quelqu’un « Vieux » c’est un signe de respect et synonyme de  » sage ».

Dans notre société occidentale formatée par l’utilité fonctionnelle, la taylorisation de la pensée, l’ultra-capitalisme, la déshumanisation;  les  » vénérables » n’ont  plus leur place. 

Quelle société peut délaisser ses anciens à ce point ?

 Considéré comme non productif donc moins que rien, hors du système, on t’isole, te marginalise. 

 Si tu as le portefeuille assez garni,  on te regroupe avec d’autres anciens, pour vivre dans l’entre soi, coupés du monde extérieur.

La  » Silver économie  » t’exploitera jusqu’à la mort et même après. 

Si tu n’as rien, en remerciement d’une vie de labeur, parfois au service des autres ou de ton pays, pour toi il n y a pas de place.

 Tu es condamné à la solitude à perpétuité à rester chez toi. 

Ta vie est rythmée par la visite de l’aide ménagère ou l’infirmière. 

Elle ne peut plus prendre le café.

Elle est  chronométrée et gérée à distance par un logiciel superviseur. 

Lorsque tu ne seras plus autonome ce sera le mouroir ou faute de place le couloir des urgences de l’hôpital saturé.

 Tu n’as d’autre choix que l’attente, l’attente interminable jusqu’à la fin.

Souvent tu es  malmené, faute de temps,  de personnel adapté. 

L’empathie, les câlins et la douceur de vivre ne sont pour toi  pas de mise.

Tu fais partie de la caste des oubliés.

Personne n’est là pour profiter de ta mémoire,  écouter tes conseils, tes souvenirs du passé. On te dit souvent :  » mémé tu radotes ». 

Parfois, la famille vient te  voir par pitié ou par contrainte les dimanches après-midi pluvieux d’automne.

Ils n’ont  rien d’autre à faire.

 Tes petits enfants sont là mais absorbés par leur ‘écran de téléphone portable.

 Tes enfants se sentent coupables. Ils  sont gênés.

 Ils  ne savent plus quoi te dire comme si la vieillesse était un virus qu’ils ont peur de contracter. 

Parfois ils t’entendent mais ne t’écoutent pas.

Où est passé le temps des veillées près du feu quand l’ancien racontait les histoires ?

Il détenait le savoir et faisait l’objet de toute les attentions. 

En continuant ainsi,  nous courrons à notre perte, les  » vénérables  » sont un patrimoine vivant, chérissons les, aimons les, protégeons les, pour ne pas perdre notre âme.

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